Je travaille sur une collection de vidéos à la Bu : “dans ma poche”. Un(e) étudiant(e) y parle d’un livre qu’il a aimé. La première vidéo publiée est ici, la seconde est là.
Déjà six tournages, et deux surprises : parmi les volontaires une majorité de garçons (qui a dit que les filles lisent plus ?) et parmi les bouquins choisis une grande variété.
Dernier tournage, avec Nicolas B., 26 ans à vue d’œil, un faux air de Ryan Gosling, un master en cours au nom imprononçable, et un choix (à première vue) surprenant : Les armoires vides, d’Annie Ernaux. J’avais parcouru son livre Les années, mais pas celui-là. Un livre féministe ? Un livre à couper au couteau : des phrases courtes et tranchantes, un style acéré, lourd, féminin. Une jeune femme, Denise, le ventre tordu par les douleurs d’un avortement, se souvient de son enfance. Ici, les souvenirs n’ont pas le goût d’une madeleine trempée dans du thé. Les pages exhalent plutôt les bombecs et le mauvais vin. Petite fille grandie au milieu des “saoulots” et des mots gras, dans l’épicerie-café un brin sordide de ses parents. L’école et ses mots purs, élégants, lui révèlent un deuxième monde. Elle s’y jette alors, haïssant le premier.
Les mots, sans fioriture, font mouche. Pendant que la caméra tourne, dehors sur la terrasse de la bibliothèque, Nicolas raconte cette histoire de déchirure sociale. C’est un livre qui secoue. Je suis impatiente de voir la vidéo une fois dérushée. J’en suis à la moitié du livre.
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